Flo

VIBRANT HOMMAGE RENDU PAR UN AMI DE FLORENT

- Voilà déjà quelques jours que Florent nous a quittés… pour toujours ! Difficile de trouver les mots, car mourir de la sorte est pour toute notre communauté cycliste la chose la plus cruelle. Florent est mort comme un soldat au combat, et ces drames de la route constituent une vérité cruelle qui nous laisse sans mots et avec une grosse pointe de tristesse et de dévastation.
- "Vélo Dordogne" n’a pas trouvé les mots pour parler de cet affreux épisode. Mais fouilleur des réseaux sociaux, il a découvert un hommage, celui d’un de ses amis, qui m’a autorisé à le publier. Cet ami nous fait découvrir qui était Florent Sentucq, mais aussi ce que le vélo peut générer en terme de souffrance et d’amitié. Et encore merci à son auteur qui avec beaucoup de cœur et de talent nous livre un témoignage poignant, tout en nous donnant une belle leçon sur les valeurs du cyclisme et de quelques uns de ses pratiquants.
NOTA : Florent  est décédé lors d’une chute sur le 83° circuit Boussaquin, le lundi 25 avril. Hospitalisé à Limoges, il est décédé le 4 mai des suites de ses blessures. Ses obsèques se dérouleront le 10 mai dans l’église de Barsac à 14h30 suivies de son inhumation au caveau familial de Naujac sur Mer.
- Florent Sentucq était licencié à l’Association Pons-Gémozac (APOGE) Team U Charente-Maritime. Il avait porté les couleurs de l’UC. Artix, du Vélo-Sport Hyérois, du GSC. Blagnac, du CC Marmande et du Cyclo-Club Périgueux-Dordogne.
© crédit photos de Dominique Boivineau
- Lire aussi un article sur ce lien écrit par Gérard Descoubès notre mémoire du cyclisme dans le Grand Sud-Ouest.

Flo

Hommage à Florent Sentucq (texte écrit par son ami Luc)

- D'aucuns pourraient se demander qui je suis et ce que je faisais là... À ses côtés, au CHU de Limoges. Pourquoi je m'implique tant depuis le 26 avril, date à laquelle j'ai appris sa grave et improbable chute de la veille. Pourquoi je m'immisce ? Pourquoi je prends des initiatives ?
- C'est simple, Flo est comme un frangin et je ne pouvais pas le laisser ainsi. Il fallait que je sois là, comme avant, présent ! Je vais vous conter l'histoire de deux amis pour la vie. J'ai eu la chance de rencontrer un super garçon (en le rattrapant dans cette descente de Gavarnie), il y a moins d'un an (le 20 juin 2015). Même s'il a mis quelques hectomètres pour mettre de côté sa carapace et moi à tenter de briser la glace, nous nous sommes très vite entendus et ne nous sommes plus lâchés. Depuis la première minute de cette rencontre fortuite et de ce premier bavardage au pied de Luz-Ardiden où j'ai eu plaisir à le solutionner pour l'Etape du Tour, il y a eu ce déclic fou de deux êtres qui savent depuis le premier  regard qu'une magnifique histoire d'amitié est en train de se créer. Étant déconnecté du milieu cycliste élite amateur, j'ai le soir même de notre rencontre été découvrir ce talent hors norme sur internet...

col duTourmalet

- J'ai eu la confirmation d'avoir fait la connaissance d'un champion qui s'ignorait. Durant notre premier bout de chemin en commun, je me souviens d'ailleurs avoir failli être désarçonné de mon Colnago lorsqu'à la question tu fais des cyclosportives, il m'a répondu : Oui, très peu. L’Etape du Tour de l’an passée Pau-Hautacam était ma première "Cyclo" car ça passait près d'ici et c'est d'ailleurs ma femme qui m'a inscrit... Et alors, lui demandais-je, ça s’est bien passé, tu finis combien ? Quatrième me répondit-il (à la fois fier, pudique et déçu...). J'ai découvert le loustique, que dis-je le phénomène XS et ses résultats XXXL. Depuis ce jour, FLORENT, je suis son fan invétéré. J'en parle tout le temps. C'est ma star (ma femme a refusé que je mette un poster de lui dans la chambre (sic)). Dès ces quelques jours passés ensemble, avec Aurélie au sommet du col du Mollard en préparation de l'étape du Tour 2015, j'ai

Luz Ardiden

découvert un homme charmant, simple et ouvert. Immédiatement nous nous sommes épaulés. Le jour J et pendant que je coinçais lamentablement dans la montée du Glandon, il s'envolait avec les Bescond et autres champions pour glaner le titre de meilleur grimpeur absolu (les fameux KOM) du col mythique sur 15 000 prétendants que nous étions ! Ça ne l'a pas empêché de m'attendre 1h30 à l'arrivée pour me féliciter en me tendant une bonne chocolatine. Flo mon idole, ma locomotive, mon exemple, mon extraterrestre de copain. Durant ce périple alpin, on s'est découvert mutuellement, parlant de tout si aisément qu'on aurait pu croire qu'on se connaissait de toujours. Les mois ont passé et notre amitié grandissait. On évoquait et nous projetions sur plein de sujets. Quand il m'a présenté ses vœux du Premier de l'an, il m'avait dit : "tu es ma plus belle rencontre 2015" et je lui avais répondu "salaud, tu m'as encore devancé car je pense la même chose de Toi !"

Hautacam

- Flo est et sera pour toujours comme un frère, un "poto", une boussole, un détonateur, une pile, une oreille attentive, un fervent supporter. Alors oui, je le clame : nous sommes amis et le serions assurément restés ces 30 prochaines années s'il n'y avait pas eu cette satanée gamelle. Jusque lundi dernier, il ne se passait en effet pas un jour sans un texto, un signe, un clin d'œil, un mail ou une carte postale pour prendre des nouvelles, faute de pouvoir refaire le monde ensemble de vive voix et d'ainsi se confier avec plaisir l'un l'autre. C'était presque un besoin naturel. Flo, "mon KOMi" et sa vraie modestie, si humble, mesuré, toujours disponible. Flo, qui m'a donné tant d'attention, d'écoute, de conseils, y compris dans mes moments difficiles... Sans jamais juger ! Flo il a toujours été là ; on était devenu complices. Flo, sur qui j'ai fait un transfert en tant que coursier, Flo "ce P.... de motard" parce qu'il faisait ce que j'avais arrêté en cours du haut de mes 19 ans, quand je venais de monter en première, plein d'espoir et d'insouciance. Le destin nous a mis sur le même chemin..., on s'est trouvé et je me suis sûrement retrouvé quelque part en lui. Car Florent, c'est deux personnes en une. Un roc indestructible, fermé au premier abord, franc, le regard vif, déterminé, un lâche-rien courageux, toujours le premier au front, en mission comme dans le peloton ; quand il l'avait décidé, rien, ni personne ne pouvait l'arrêter

col du Mollard

hormis un geste chevaleresque à se sacrifier et à donner... comme lors de la dernière Casartelli... et un être de bonne humeur, plaisant, timide et parfois empli de doutes comme tout à chacun, épris d'un manque soudain de confiance en lui avec un gros besoin d'attention et de reconnaissance... Quelqu'un qui pouvait être dur et froid (pour se protéger de sa propre fragilité) mais quelqu'un avec un cœur énorme, prêt à rendre d'énormes services à ceux qui comptaient et dont il avait confiance ! Pareil... Il m'a remotivé alors que je sortais de mon accident de la circulation nécessitant 5 mois d'arrêt. Il a été là pour mes nouvelles fractures de coude en octobre puis à nouveau pour mon opération du ménisque le mois suivant... Et prodiguer de précieux conseils réconfortants. Ensemble, on projetait plein de nouveaux défis pour cet été et les saisons prochaines ; je l'aurai accompagné du mieux que je pouvais dans des raids alpins, pyrénéens... À ma vitesse et lui à la sienne afin de mieux partager cette folle passion commune... et de refaire le monde autour d'une pâtisserie arrosée bien méritée. D'ici quelques jours, on devait passer une semaine "commando" à Pierrefitte histoire "d'aiguiser les lames..." avant d'enchaîner pas moins de huit cyclosportives montagneuses cet été.

Col du Glandon

- Flo, 39 ans avait la même envie qu'un cadet pour ce sport populaire. Le cyclisme, si dur, si ingrat, si contraignant et chronophage. Ce sport, unique, si souvent injuste, mais si beau car rarement écrit à l'avance ; à vélo, on n'est jamais à l'abri d'une déconvenue : Un parcours de merde, du vent, le froid, la pluie, les adversaires, un profil inadapté où il est si facile de renoncer, louper la bonne, être revu, avoir la pancarte, percer, chuter, comptant la plupart du temps que sur soi (même avec le soutien de ses équipiers) et parfois même où lorsque tout parait possible, on peut se faire battre par un gars qu’on n’a pas vu de la course… ou devoir faire face aux pratiques immorales de dopage et/ou des "maf"... Rester autant d'années en tête d'affiche, courir et être capable de se mesurer avec son idole El Pistolero...

Flo

- Combien peuvent en dire autant ? Avoir des temps de segments aussi impressionnants (que je lui rappelais sans cesse pour qu'il prenne conscience de son immense talent). C'est d’ailleurs pour cela qu'il préférait les courses dures et leurs cols car "là, on jugeait de la qualité du gazier". Flo, quel brillant mec et pas seulement à Vélo. Flo, un homme attachant et aimant. Il était conscient de tous les sacrifices consentis durant ces années par ses proches, de tous ces temps d'attente, d'inquiétude pour qu’il exerce égoïstement cette passion. Cette saison devait être sa dernière en élite. Ces places démontrent qu'il avait encore sa place mais c’était son choix. Je pense même qu'il cherchait juste une dernière victoire pour pouvoir raccrocher sereinement en faisant son jubilé en Nouvelle Calédonie : mission accomplie de 15 années de vie riche et palpitante. Sauf que... Le destin en a décidé autrement C'est terrifiant, horrible, inhumain et injuste. Comme beaucoup d'entre nous, j'aurai tant aimé que Florent ait gagné cette ultime course à étapes et trompé tout le monde, déjouant tous les pronostics, quitte à raccrocher pour retrouver ses deux amours que sont Aurélie et son chérubin Manon et rester auprès d'elles. Les dernières heures à tes côtés, même si j'avais entendu que les chances étaient infimes, je fais partie de ces rêveurs naïfs et utopiques qui pensent que rien n'est insurmontable, que tout est possible et qu'il y a toujours une solution et une issue positive... J'ai espéré ! Malheureusement la réalité est là... Et je n’y crois toujours pas. Je suis si triste et en colère... Pars tranquille mon Flo !

Luc, ton jeune ami qui veille sur les tiens.

VELO DORDOGNE - Hommage de son ami Luc à FLORENT SENTUCQ © Bernard PECCABIN
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