135 KMS SEUL SANS FAIBLIR A STUPÉFIÉ BOBET ET COPPI

koblet

Hugo Koblet roule vers Agen seul

- C’est une grande date dans l’histoire du Tour de France. Hugo Koblet a réussi en effet sur le plat entre Brive et Agen ce que de grands favoris avaient coutume de réaliser en montagne. Derrière, Bobet, retardé par une crevaison, Coppi et Bartali, freinés par une chute, ont dû abdiquer.
- Cette année là, l’étape passait à
trois kilomètres de notre Dordogne (commune de Florimont-Gaumiers), mais en territoire Lotois puisque Salviac et Cazals étaient traversées. Le Tour de France honorera néanmoins notre département en 1952, lors de l’étape Bordeaux-Limoges, gagnée par notre Jacques Vivier.
 En 1951 j’avais trois ans, j’entendais le gros poste Océanic qui trônait sur l’étagère de la cuisine avec son antenne ressort qui traversait tout le plafond. La belle époque... Mais je n’écoutais pas encore le Tour de France. Je me suis intéressé au vélo plus tard et les noms de Kubler, Koblet et autres ont raisonné souvent dans mes oreilles.

 REPORTAGE DE L’ÉTAPE Au 35ème km, Robert Castelin (Est - Sud-Est) et Louis Déprez (Île de France - Nord-Est) déclenchent une offensive. Castelin est lâché dans une côte. C’est alors que Déprez se retourne et constate qu’un coureur revient sur lui "comme un boulet de canon". Il s’agit tout simplement d’Hugo Koblet. Les deux hommes font quelques kilomètres ensemble mais le Lillèrois, impuissant, laisse filer le Suisse avant Gourdon (km 64). Derrière, on met en route doucement : l’arrivée est encore bien loin ! 1’15’’ d’avance, ce n’est pas beaucoup. Mais Bobet crève. L’équipe de France l’attend. Bientôt, Koblet possède quatre minutes d’avance. Il est alors temps de se mettre sérieusement à l’ouvrage. Les Coppi, Bartali, Magni, Bobet, Géminiani, Ockers et consorts se relayent comme des "possédés" (L. Lazaridès) pendant 70 km. A l’arrivée, Koblet conserve 2’35’’ sur ses adversaires. Il a parcouru 135 km en solitaire, réalisant une moyenne de 38,946 km/h. Le voici désormais 3ème du général à 3’27’’ de Roger Lévêque (Ouest - Sud-Ouest).
- Ses adversaires sont écœurés : "Ce n’est pas possible, un coureur pareil, s’il existait deux Koblet, je changerai de métier immédiatement" (Géminiani). Le Zurichois en rajoute : "Jusqu’à la mi-course, j’ai pédalé très en dessous de mon meilleur régime. Sur la fin seulement, j’ai mis les gaz".

Koblet 3

Sur les routes du Lot et du Lot et Garonne, le peloton roule tranquillement

LE PÉDALEUR DE CHARME EST NÉ
- Le lendemain, les journaux sont béats d’admiration. Le chansonnier Jacques Grello dans "Le Parisien Libéré" a trouvé l’expression qui convient le mieux au personnage : "Le pédaleur de charme". : 26 ans, 1,82 m, 76 kg. Koblet invente un look nouveau : gants, chronomètre au poignet, lunettes de skieur à l’avant-bras.
- A l’arrivée, petite éponge en caoutchouc pour se refaire une beauté, coup de peigne obligatoire. La classe...
- Hugo a-t-il eu tort ou raison en fonction du proche avenir ? Quand on possède sa classe et ses facultés de récupération, quand on est débutant du Tour, on a tout à gagner à essayer de rompre avec la tradition plutôt qu’à se cantonner dans le conformisme cher aux vedettes, chez lesquelles l’expérience finit par ne pas être toujours bonne conseillère.
- Certes, l’homme risque de payer cher son audace. Il a excité ses adversaires : il les a blessés dans leur amour propre. Il n’a pas réalisé un gain de temps faramineux. Il a affaibli son équipe en provoquant l’élimination de deux de ses auxiliaires. Mais il a fait ce que l’on avait rarement ou jamais vu : il n’a pas voulu attendre la grande montagne et il a, lui, un as, tenté l’échappée que seuls peuvent oser les coureurs attardés au classement général et susceptibles de bénéficier, en conséquence, de l’indulgence quasi-unanime. Coppi avait avant lui réussi de tels exploits, dans le Tour ou le Giro, mais en montagne, là où la poursuite est forcément individuelle et où les rivaux ne sont pas en mesure de conjuguer leurs efforts. La différence est énorme.
- Il n’est pas excessif de dire que le champion suisse a ouvert un nouveau chapitre de l’histoire du Tour de France et que, s’il devait faire école, nous nous trouverions rapidement en présence d’une véritable révolution dans l’art de bien courir la grande épreuve. En attendant, il est parfaitement placer pour aborder cette montagne sur les pentes de laquelle, comme chacun sait, il est fort capable de se débrouiller on ne peut plus correctement.
- Koblet fut un régal. Il allait, harmonieux, souple, coudes légèrement écartés, bras absorbant ainsi les chocs de la route. On eût cru assister à une course contre la montre, à un Grand Prix des nations. La route était à lui, les côtes n’existaient pas, les descentes lui permettaient de repartir de plus belle. Pas un instant de repos : tout près de 39 km/h de moyenne à l’arrivée.
- A noter qu’à cette époque les coureurs Suisses paraissaient fringants. Quatre coureurs dans les dix premiers de l’étape, mais depuis cette époque, aucun Suisse n’est parvenu à remporter la grande boucle soit depuis 70 ans déjà...

koblet 1

La chasse s'organise, Bobet, Géminiani et Coppi se relaient, en vain...

Classement : 1. Hugo Koblet (Suisse) les 177 km en 4h32’41s, 2. Marcel Michel (Paris) à 3’35s, 3. Gerrit Peters (Kollande), 4. Germain Derycke (Belgique), 5. Jean Robic (Paris), 6. Louis Caput (Paris), 7. Hans Sommer (Suisse), 8. Dominique Forlini (Paris), 9. Leo Weilenmann (Suisse), 10 Marcel Huber (Suisse) tous m.tps.
Classement Général : 1. Roger Lévêque (Ouest/sud-ouest) en 63h16’13s, 2. Gilbert Bauvin (Est Sud-Est) à 36", 3. Hugo Koblet (Suisse) à 3’27s, 4. Bernardo Ruiz (Espagne) à 6’14s, 5. Raphaël Géminiani (France) à 6’44s, 6. Jean Diederich (Luxembourg) à 16’45s, 7. Lucien Lazaridès (France) à 7’04s, 8. Serafino Biagioni (Italie) m.tps, 9. Louis Bobet (France) à 8’31s, 10. Fausto Coppi (Italie) à 9’06s.

Koblet 5

Pour cet homme, l'apparence physique n'était jamais négligée
que ce soit en course ou en dehors de course

RÉTRO VÉLO DORDOGNE -LE TOUR 1951
© BERNARD PECCABIN La mémoire du cyclisme en Dordogne