MICHEL GONZALÈS PRÉPARE SA SAISON 1966
LES DESSOUS D’UNE STUDIEUSE PRÉPARATION
- On ne voit guère de cyclistes en survêtement sillonner les routes de la côte Basque car la plupart des vélos sont encore au clou jusqu’à l’approche de jours meilleurs Il en est un, pourtant qui effectue ses 80 à 100 kilomètres quotidien en solitaire, du moins lorsque le temps le lui permet.
- Ce courageux a fêté son 32ème anniversaire au mois d’octobre au terme de sa quinzième saison, qu’il a couronnée à Pouillon d’une quatorzième victoire. Il se nomme Michel Gonzalès.
- Mais ce n’est point pour sentir ses forces le trahir, que le champion du Vélo Club Hendayais (il est né au Quartier de la Gargale au Boucau, réside à Biarritz après avoir longtemps vécu à Bordeaux et défend les couleurs de la société frontalière) anticipe ainsi en empruntant les routes du Pays Basque à l’intersaison. S’il a repris l’entrainement à la mi-décembre, avec prés d’un mois d’avance sur son programme habituel, c’est tout simplement qu’il sait pertinemment que la prochaine saison sera pour lui la dernière … Et la dernière, il l’a veut encore plus belle que sa plus belle, afin de n’avoir pas à sortir sur la pointe des pieds mais par la grande porte.
Michel GONZALEZ (à droite) en routier confirmé, veille avec un soin tout particulier à l’entretien de son matériel. Le mécano qui lui apporte ici son aide n’est autre que son ami bayonnais Gérard CAPDEBOSQ qui a lui aussi terminé second de l’édition Bordeaux-Saintes 1965 derrière Joseph GROUSSARD. Pour les deux hommes le sujet de conversation était donc trouvé.
AUSSI BIEN QU’EN 1956
- Je ne me suis jamais senti si solide et plus résistant depuis que j’ai passé le cap de la trentaine, nous a confié Michel Gonzalès en refusant une cigarette, alors que nous venions de l’interrompre dans la lecture du dernier numéro de l’Athlète qui constituait depuis des années son livre de chevet.
- Il estime que cette pérennité sur le plan physique, jointe à son expérience de vieux Renard de la route, son intelligence de la course qui le mettent pratiquement à l’abri des erreurs commises par le passé, jointe aussi par la préparation qu’il entend se donner pour être en boum à point nommé, l’autorise à penser atteindre son objectif. Car, s’il a pris ainsi le taureau par les cornes, c’est bien que Gonzalès a une idée sous la visière de sa casquette… Ce n’est pas pour rien en effet, sinon en prévision du grand coup qu’il entend frapper, qu’il a quitté son emploi de bureau et fait l’acquisition d’un vélo italien, monté Spécial.
- Son plan de bataille ne saurait cependant être plus simple : il importe pour lui d’avoir 4.000 kilomètres dans les jambes pour les premiers jours de février. Ceci afin d’être, sinon tout à fait prêt, du moins mieux préparé que la plupart des autres routiers lorsque la saison débutera… sur la Côte d’ Azur, ou les gros bras viennent chaque année au banc d’essai.
- Connu comme le loup blanc de tous les pelotons qui dévorent les routes du Sud-ouest, l’Hendayais sait qu’il aura à faire à forte partie dans les diverses courses au soleil qu’il entend disputer en compagnie de l’élite du cyclisme international. Qu’à cela ne tienne… Il y a 10 ans, il avait ainsi amorcé sa saison sous les cieux méditerranéens, ou il avait disputé une dizaine de courses. Il n’avait pas à l’époque, préalablement soigné sa rentrée comme il le fait aujourd’hui, mais n’en avait pas moins tiré son épingle de jeu. Et surtout, il était revenu sur la Côte Basque au mieux de sa condition !!!
- Pourquoi donc, puisqu’il se sent aussi fort ne ferait-il pas aussi bien en 1966 qu’en 1956 ? Courir avec plus fort que moi n’est pas pour me déplaire, bien au contraire ! Quand il ya des champions au départ, des vrais, nous, les sprinters régionaux pouvons espérer faire quelque chose. Car, là au moins, la course est régulière. En ce qui me concerne ayant les bras plus libres qu’à l’échelon inférieur, ou je suis marqué comme un épouvantail, et j’ai toujours ma chance à l’arrivée.
- Or, lorsqu’il s’agit d’emballages, faites confiance au gars Gonzalès. D’autant que, lorsque qu’il parle de ces bras c’est surtout … à ces jambes qu’il songe, des jambes qui lui ont jusqu’ici valu une bonne centaine de bouquets dans des arrivées massives.
FARANDOLE PROVENÇALE
- Mais du moins pour l’instant, les victoires ne figurent dans son programme qu’au rang des sous-entendus, derrière des perspectives beaucoup plus concrètes. Les Grands Prix de Saint-Raphaël le 12 Février, de Cannes le 13, de l’Ouest Varois le 19, ceux d’Antibes le 20, d’Aix en Provence le 22, de Monaco le 24, de Fréjus le 25, de Saint-Tropez le 27, constitueront pour le champion Basque une belle farandole provençale et azuréenne sur laquelle il a axé son début de saison.
- Gonzalès a pratiquement enlevé toutes les grandes épreuves que compte le calendrier du Sud-ouest et toutes les villes à ville ayant pour point de départ la capitale de l’Aquitaine figurent à son palmarès excepté Bordeaux-Saintes qu’il rêve de décrocher avant d’abdiquer. Sa dernière tentative remonte au 17 Mars 1963 : il s’était incliné au sprint (mais oui !) devant l’andernosien Delort, pour avoir dérapé sur la piste de Bellevue à l’entrée du dernier virage. Il avait été battu de l’épaisseur d’un boyau.
- Après sa randonnée méditerranéenne, le 28ème Bordeaux-Saintes polarisera toute son attention et tous ses efforts. Par la suite il orientera le reste de sa saison en fonction de sa condition physique qu’il espère d’ores et déjà être pour lors, bien prés de son summum.
- Enfin Michel Gonzalès ne désespère point d’obtenir de ses employeurs (depuis une bonne décennie il est fidèle à la maison Peugeot) l’autorisation de prendre part à quelques grandes courses, pour son propre plaisir, comme il l’affirme mais aussi parce que, s’il marche comme il est certain de pouvoir le faire, elles lui offriraient l’occasion de tirer un baroud d’honneur et de couper sa coleta au terme d’une belle temporada d’adieux.
- Et certainement aussi d’encourager les deux petits Gonzalès à profiter de leur héritage et à ne point laisser rouiller à son clou le beau vélo italien qui n’aura roulé qu’un été. Mais d’ici là, on reparlera probablement de Michel Gonzalès dans les colonnes de Sud-ouest - Sport - l’Athlète !
RÉTRO VÉLO DORDOGNE – GONZALÈS SE PRÉPARE © PATRICK GONZALES
Pour a mémoire du cyclisme en Dordogne


