MICHEL GONZALÈZ, ON EN PARLE
UN COUREUR REDOUTÉ PAR LES PROS
Michel Gonzalèz avec son épouse et son fils
- La maffia, cette redoutable organisation du crime, a depuis longtemps fait école. Léo Ferré a chanté la maffia du music hall. la boxe qu’elle soit Américaine ou Française, a aussi sa maffia et le cyclisme ne fait pas exception.
- La récente victoire du Bayonnais Michel Gonzalèz au critérium de Bourcefranc (Charente-Maritime), pour secondaire qu’elle soit, à rallumé une vieille querelle, celle qui oppose, dans les critériums, les indépendants au professionnels. Le public et les journalistes sont le plus souvent tenus à l’écart des sévères explications qui précédent les sprints pour les grosses primes et l’arrivée. A Bourcefranc par exemple, le dernier kilomètre provoqua une bousculade telle, que Jean Gainche, pourtant aguerri à ce genre d’exercice, déclarait à l’arrivée : "Il y a longtemps que je n’avais assisté à pareil règlements de comptes ! Toute la bande à Gonzalèz a commencé par prendre les premières places. Puis ils nous ont bousculés, tassés, balancés, à tel point que j’ai eu peur ! J’ai laissé faire. On ne peut pas risquer la chute pour battre Gonzalèz, il y a d’autres courses bien plus importantes…"
- Michel Gonzalèz, lui, a depuis longtemps oublié cette peur. Couverts de cicatrices notamment au deux bras, cet Espagnol naturalisé Français est effectivement l’un des plus rapides routiers qui évolue actuellement sur les routes Françaises. Toutefois, ses adversaires précisent avec quelques raisons, que cette vélocité peu commune n’est valable après 100 ou 120 kilomètres maximum. Au-delà, Gonzalèz disparait et il le sait si bien qu’il a depuis longtemps renoncé à faire carrière chez les professionnels. C’est d’ailleurs de là que naquit la rivalité qui l’oppose aux professionnels, lesquels admettent difficilement d’être battus par lui. En 1960, dans le Grand Prix de Vayrac, l’un des critériums le plus important du Sud-Ouest, Michel Gonzalèz eut l’audace de régler Joseph Groussard, Fournier, Gainche, André Darrigade et compagnie. A l’époque, l’affaire fit quelque bruit, à tel point que les organisateurs de Vayrac déclarèrent à Gonzalèz : "Inutile de te présenter ici, nous ne voulons pas d’ennuis avec les vedettes. Ta victoire a été le pavé dans la mare !"
Irrésistible et vainqueur de Bordeaux-Périgueux
- Et depuis cette date Gonzalèz est interdit de séjour à Vayrac ! Mais il y a mieux …
- Certains organisateurs (qui se reconnaitront) ont voulu, ou plutôt on cru, tout arranger en proposant à Gonzalèz un contrat dans le lequel ce dernier s’engage à ne courir que pour la seconde place ! … Ce n’était pas le cas à Bourcefranc, et le Bayonnais avait annoncé la couleur à ces complices habituels Verdeun, Bertrand, Bianco. C’est pourquoi ceux-ci ne se privèrent point de travailler au corps les professionnels qui, en la circonstance, avaient unis leurs intérêts comme ils le font toujours dans les critériums, pour la victoire et le partage des primes.
- De temps à autre, les professionnels et les indépendants passent un accord tacite sur le partage des primes. Les gros font les primes importantes, les indés ramassent les miettes, c’est la loi du plus fort car les organisateurs de critériums importants engagent toujours une majorité de professionnels.
- Pourtant, Michel Gonzalèz s’avisa un jour de faire quelques primes non prévues au programme. Van-Steenbergen prit l’affaire en main et remit Gonzalèz à sa place.
- Mais cette courte révolte ne fut pas inutile, car Van-Steenbergen, appréciant la vélocité de son adversaire, lui proposa quelques jours plus tard une association à l’issue de laquelle Michel Gonzalèz et le Belge partagèrent régulièrement, ce qui surprit le Bayonnais, car ce n’est pas toujours l’habitude.
Autour de ses amis basques après sa victoire aux fêtes de Bayonne
- Depuis, Gonzalèz poursuit son chemin. Bon an, mal an, un indépendant de sa classe (car il n’en manque pas) gagne entre deux et trois millions de francs légers. Ils sont prés d’une dizaine dans le Sud-Ouest à ne vivre que des critériums et des courses régionales. Ils ont compris qu’il n’y avait aucun débouché pour eux dans les rangs professionnels et, en définitive, ont organisé leur vie et leur carrière de façon fort habile dans une région où ils sont encore les patrons. Seul quelques critériums restent chasse gardée, mais les professionnels ne sont pas à l’abri de quelques surprises du genre de celle qui leur était réservée à Bourcefranc le dimanche de Pâques.
Complément d'information
- Ce pauvre Gonzalèz est devenu depuis trois ans le héros d’une aventure navrante. Très dangereux aux arrivées il a commis l’erreur de gagner le Grand Prix de Vayrac, en 1960 et de gagner devant les grands routiers sprinters, à commencer par André Darrigade et Rudi Altig !Cette réussite succédant à quelques prouesses du même genre, toutes réalisées dans le Sud-Ouest ou Gonzalèz se manifeste le plus souvent, aurait pu --- et dû --- lui ouvrir les portes de la renommée. Le contraire s’est produit : les organisateurs qui souhaitent tous inscrire sur le palmarès des noms "ronflants" ne l’ont plus invité. Et certains champions internationaux, parmi les plus notoires, ont pris pour habitude d’assujettir leur participation à … l’absence du gêneur !!!Jusqu’à lors nul n’avait protesté sauf Gonzalèz, trop petit, hélas, et trop seul pour être entendu en haut lieu. Sa voie ne porte pas. Nous suivrons l’affaire et nous vous tiendrons informés.
RÉTRO VÉLO DORDOGNE – GONZALÈZ ON EN PARLE © PATRICK GONZALÈZ
Pour la mémoire du cyclisme en Dordogne


