Cher Jean-René,

- Voilà sept ans déjà que tu es parti pour l’éternité. Je ne sais pas si de là-haut tu vois ce qui se passe sur notre bonne vieille terre, mais en sept ans, je peux te dire que tu ne reconnaitrais plus le cyclisme que tu as quitté. Il a tellement évolué par rapport à notre époque, que sans doute tu ne t'y retrouverais plus aussi bien... Pour nous, mon cher Jean-René, 2009 a été ta dernière saison avant que tu ne fermes les yeux définitivement le 28 janvier 2010. Il y avait alors encore une bonne centaine de courses et même plus dans ta belle Dordogne. Aujourd’hui, il y en n’a plus que la moitié et avec si peu d’engagés... Je ne te dis pas le désarroi des organisateurs face à cette situation qui fait mal à notre cyclisme. Tu es parti peu après les décès de Jean-Michel Pays et de Bernard Roy qui ont du t’accueillir au paradis. C’était la saison où Jean Mespoulède avait gagné le Tour de la Dordogne sous le maillot du Cyclo-Club Marmandais, club pour lequel tu avais été licencié animateur. Ta dernière course a été le Championnat d’Aquitaine de cyclo-cross à Guitres gagnée par Sébastien Lapouge (UC. Artix). Puis depuis, te voilà à Saint-Barth ! Je fais un peu d’humour car toi Jean-René tu savais nous en servir… Bien sur Saint-Barth, ce n’est pas l’île paradisiaque des Antilles, mais le patelin de la Double, à savoir Saint-Barthélémy de Bellegarde, là tu as été inhumé dans ce qui est devenu ta dernière demeure.

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- Au cours de la saison 2010, tu nous as vraiment manqué, notamment dans les prix des fêtes des villages que tu animais. Guy Lapébie nous a quittés à son tour mais je pense que tu as du le rencontrer là-haut. Il n’y a pas eu de faits extraordinaires si ce n’est que cette année Jean Mespoulède a outrageusement dominé chez les élites. On ne t’a pas vu à Javerlhac, Bassy, Saint-Médard, Douzillac et encore moins à Beaussac où le Cum’s a gagné. La fête n’était plus la même sans toi et c’est là qu’on a compris que tu t’étais barré définitivement. D’ailleurs à Montpon, la nocturne est devenue le "Souvenir Jean-René Villechanoux". Un moment où on a pensé encore très fort à toi, notamment tes amis du SA Mussidan, ton dernier club où tu étais licencié. L’ancien pro Médéric Clain a d’ailleurs gagné cette épreuve commémorative, la première du nom…
- En 2011 et au mois de juin, Marino Vérardo est venu te rejoindre, mais ça tu le sais encore, à l’instar de Lucien Sautier ! Une saison qui a vu Stéphane Reimherr dont tu admirais son panache triompher au Tour du Piémont Pyrénéen. Mais c’est encore Jean Mespoulède qui inscrit son nom à la première place du classement élites du comité régional. Dans notre Dordogne, il ne s’est pas passé grand chose si ce n’est qu’Alexis Guérin valeur montante de Marmande a gagné le prix du muguet à Saint-Astier, dont tu as connu et commenté de nombeuses éditions. Mais c’est Anthony Langella, le Marmandais que tu aimes bien, qui a remporté ton souvenir emblématique en nocturne à Montpon.

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- Lors de la saison 2012, Stéphane Reimherr est devenu une fois de plus notre chef de file chez les élites. Et c’est Mickaël Szkolnick qui a gagné la nocturne de Montpon où ta mémoire a été une fois de plus honorée, un peu comme on se recueille chaque année le 11 novembre...
- 2013 n’a pas atteint les sommets. Mais ta ville de Mussidan a organisé une manche de Coupe de France de DN3 sous l’égide du SA Mussidan. Comble de bonheur, c’est Yoann Soubes du CC Périgueux-Dordogne qui a signé ce jour là une belle victoire. Et puis Raymond Boisseau de Mensignac est parti lui aussi la-haut voir comment sa Valentin Huot évoluerait…
- Un an après (2014), ce même Cyclo-Club Périgueux-Dordogne s’adjugeait la Coupe de France des clubs avec un Arnaud Labbe et un Jean Mespoulède très conquérants. Cerise sur le gâteau, le Tour de France est passé trois jours en Dordogne et s’il en manquait un à cette fête, c’est bien toi, mon cher Jean-René. D’autant plus qu’un chrono a traversé Villamblard, commune dont tu surnommais "les Baléares", allusion à cette contrée reposante que tu comparais à cette cité balnéaire… Et puis il y a eu aussi le décès d’Henry Gouly, que tu as bien connu à Saint-Astier… puis Jean Mespoulède a triomphé lors de ton souvenir à Montpon.

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- 2015 voit le retour de Stéphane Reimherr au club de Trélissac, club qui roule en DN3. Sacré Reimherr qui malgré son âge remporte la dernière manche de la Coupe de France, un gros fait d’arme qui t’aurait comblé de bonheur. Les années se suivent et ne se ressemblent pas, car après Mespoulède et Guérin, voilà Mickaël Larpe des Girondins de Bordeaux qui occupe la première place des classements FFC. Pour parler d’autre chose, as-tu vu là haut Marcel Le Goguic l’ancien speaker de Saint-Alvère qui nous quittés, tout comme ton ami Christian Grimald qui montait ta sonorisation dans le Mussidanais… ?
- 2016, rien de neuf mais de nombreux malheurs ! D'abord on a en Dordogne une formation dans le style de celle de Dominique Arnaud : le Team Cycliste Périgord 24. Et puis il y a eu la victoire de Pierre Créma au Tour des Landes. Je t’en parle, car lui aussi est au SA Mussidan. Ton club a connu d’ailleurs une année noire avec le décès d’un jeune coureur tué à l’entraînement sur la route à Saint-Front de Pradoux où tu avais résidé au cours de ta vie… Puis Jacques Martin a eu de gros soucis de santé, si bien qu’il a passé la main au SA Mussidan avant de s'en aller te rejoindre voilà quatre jours à peine, mais là on est déjà en 2017... Entre toi l'homme du micro, Grimald la sonorisation et Jacques l'organisateur, c'est le cyclisme Mussidanais qui a été décapité. Sais-tu que c’est à Montpon et en mémoire de ton souvenir que Stéphane Reimherr a gagné sa dernière course de sa longue carrière ? Et puis il y eu aussi le décès de Florent Sentucq que tu as également connu. Tué en compétition comme un soldat en opération, c’est triste ! Et  ensuite, c’est notre Dominique Arnaud qui a été vaincu par le crabe et que tu avais vu gagner en amateur en 1977 à Saint-Médard de Mussidan. Même Francis Duteil a été emporté par cette saloperie de maladie en octobre, alors que mon épouse Geneviève (avec qui tu as tant rigolé en écoutant ces bêtises made in Périgord), se bat aussi contre ce fléau, qui nous offre des jours pas faciles à vivre.
- Mussidan c’est toute ton histoire, ta vie, ta jeunesse avec une pensée pour le marché paysan qui se déroulait sur la petite place toute en pente à l’ombre du gros chêne maintes fois centenaire. Je sais que tu étais un vrai Doublaud et tu en étais fier. Fier de sortir de cette région boisée qui trainait sa mauvaise réputation datant du Moyen-âge. Une région inhospitalière, des zones marécageuses, bref une zone infréquentable si l’on se fie aux quelques écrits. L’occupant allemand y était nombreux pendant la guerre, à la recherche des maquisards qui avaient choisi cette zone des plus reculée pour établir des camps comme celui de Vitrolles chez toi, à Saint-Etienne de Puycorbier, là où tu es né. Je sais que tu en as chié dans ta jeunesse, mais il y avait les moments sacrés, celui des courses où vers tes dix printemps tu partais applaudir Raymond Chaminaud, le Doublaud de Saint-Jean d’Ataux, puis plus tard, les coureurs de ton Mussidan et du Racing Club où tu as été licencié.

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- L’actualité aujourd'hui c’est toujours la guerre en Syrie ! Toi qui t’es payé l’Algérie, tu connais la musique, même si tu étais devenu depuis un pacifiste. La France a payé un lourd tribu contre le terrorisme avec des attentats qui ont fait plusieurs dizaines de morts. Et puis chez nous Sarko s’est fait jeté par Hollande qui sera relevé à son tour, je ne sais par qui... Les politiques on les aime de moins en moins, on les raille dans les réseaux sociaux, un truc que tu n’as pas connu si ce n’est dans ses balbutiements. En sept ans, c’est fou ce que la téléphonie et internet ont évolué. Aujourd’hui, mon cher Jean-René, les gens marchent dans la rue comme des automates, en lisant leur smartphone… On s’en sert pour envoyer des courriels, des SMS, filmer, prendre des photos, échanger sur les réseaux sociaux, lire la presse, faire ses courses, voire de GPS ou encore pour chercher une âme sœur. A travers plein d’applications on va tout faire, si bien que ça va détruire plus de trois millions d’emplois. Les gens sont ultra connectés, stimulés par leur sonnerie qui parasitent les relations et écourtent les conversations. Tu vas chez des amis, ils sont tous après cet objet à table et oublient l’esprit de famille et la convivialité. Une vraie addiction pour cet instrument… Nous au moins et à ton époque on n’avait pas ces schmilblicks entre les mains. On se retrouvait chez toi pour manger le poulet rôti acheté à Eric Valade au marché de Montpon, poulet qu’on dégustait avec des cèpes que tu avais cueillis dans ta chère Double. Au moins on rigolait… Le poulet pour nous les anciens issus du milieu pauvre, c’était le plat du dimanche, maintenant c’est de la merde, ça a le gout du poisson et avec le bio, ils nous font rire…
- Aujourd’hui il n’y a plus grand chose dans les courses de clocher. Les gens s’en vont vite chez eux pour rentrer, oubliant le petit verre qu’on prenait avec le comité des fêtes avant de se séparer. Ce n'est plus l'ambiance d'antan... Les hommes et les règles ont évolué, on vit sur une autre époque... C’est vrai qu’on se prenait des murges, mais il n’y avait pas d’alcool test sur les routes, peu de contrôles, ce qui ne nous empêchait pas de rentrer au bercail, même si des fois je m’arrêtais chez toi pour une troisième mi-temps apéritive qui se terminait par deux œufs sur le plat, histoire de faire mortier dans nos estomacs inondés d’apéros.
- Mon cher Jean-René, je suis con d’écrire toutes ces bêtises, mais ça me fait du bien de rédiger ces lignes, car aujourd’hui je te l’ai déjà dit, le vélo ce n’est plus ce que c’était… Un de ces jours, je vais partir te rejoindre, c’est la loi, mais j’aurais au moins vécu de bons moments sur nos routes du Périgord. L’avenir n’est pas beau sur la planète ! Sais-tu qu’elle se réchauffe, si bien que les catastrophes succèdent aux catastrophes, la glace fond dans les pôles, les étés sont brulants, les tempêtes, inondations, ouragans, séismes détruisent tout, comme si la nature que tu aimais tant se vengeait de la main de l’homme. Aujourd’hui voilà sept ans déjà que tu es là-haut, et depuis que tu es parti, rien ne tourne rond… Tu vas recevoir pas mal de monde dans le ciel. Ouvre bien les portes, car en ce moment ça plume sec sur cette putain de terre. Entre les AVC, les cancers, les crises cardiaques, les autres maladies, les accidents, les suicides, les grippés, les pompes funèbres ne chaument pas !
- Je terminerais en te disant qu’on a changé de président au Comité d’Aquitaine. Toi qui a connu Vincent Dedieu, sais-tu que c’est lui désormais qu’on appellera Monsieur le Président ? Si toi tu es avec Dieu, nous on est avec Dedieu et sans déconner, je pense qu’il mérite qu’on l’aide pour le soutenir. Toi tu aurais dit de lui "gentil garçon que voilà", ben après tout, ça lui va très bien cette formule ! J’arrête de faire du "Villechanoux" pour te dire aussi qu’en cette année 2017, le Tour de France revient trois jours dans notre jolie Dordogne. Et oui, tu la fredonnais bien cette chanson toi, Jean-René. Si la Corrèze c’est Ségurel et les Monédières, toi tu étais notre Jean-René, celui de notre jolie Dordogne, dont j'entends encore la mélodie, quand tu nous la chantais dans les repas d'amis…

"Jolie, jolie Dordogne
Berceau de l'histoire des temps
Tu gardes le charme d'antan
Pays où il fait bon vivre
Pays qui sent bon le bonheur
Plus belle quand tu es libre
Pour toi j'ai le coup de cœur"

- Nous ne t’oublierons pas…, même sept ans après…! Veille bien sur nous…, d’autant plus que depuis huit jours, les cowboys des Etats-Unis ont élu un président qui n'est plus l'oncle Sam, mais qui se prénomme Donald (Onc'Donald). Crois-moi, que celui-là, il ne va pas nous jouer du Walt Disney ! Alors je t'en prie et je te le redis, veille bien sur nous ! Veille sur ceux qui ont constitué tes amis, veille sur ton cercle du vélo, celui de ces années mémorables... Notre "champ de visibilité" comme tu disais si bien, ne me semble pas du tout clair, 2017 va être très difficile !!!

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VELO DORDOGNE - LETTRE à JEAN-RENÉ © BERNARD PECCABIN
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