39° TOUR DE FRANCE - 16 JUILLET 1952

L'ÉTAPE POUR JACQUES VIVIER

- Qui se souvient de ce 16 juillet 1952 ? C’était la première fois que le Tour de France traversait la Dordogne pour rejoindre Limoges. C’était aussi le premier Tour de France d’un coureur pour lequel on nourrissait des espérances de le voir parmi les grands. C’était la première fois qu’un coureur de notre Dordogne allait gagner, c’était en faits un grand jour pour notre cyclisme. Depuis, aucun coureur de Dordogne n’a réussit ce que Vivier a fait ce jour là. Deux ans après, il réédite son exploit, mais depuis, on attend toujours la relève...
- Jacques Vivier, ce petit tailleur du hameau de Verdinas, à Sainte-Croix de Mareuil, rentrait ce jour là, dans la légende, dans celle du cercle des vainqueurs d’étapes du Tour... En ce jour anniversaire, "Rétro Vélo Dordogne" retrace cette folle journée, grâce à Francis Duteil qui a conservé les archives de cette période si riche pour le cyclisme de notre Périgord. 

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Franchissement d'un passage à niveau fermé à Libourne

BORDEAUX-LIMOGES - LE REPORTAGE

- Liste des équipes et des participants au Tour de France 1952.
- Relire le reportage précédent sur sa saison.
- Aujourd’hui encore, il y a 78 partants car le coude de Jean Dotto va mieux et personne ne manque au départ de la 20ème étape de ce 39° Tour de France. Les rescapés des Pyrénées tiennent bon et la victoire des Hollandais donne de l’espoir à ceux qui n’ont rien gagné.
- Quelques coureurs portent les traces de leurs chutes des étapes de montagne et le plus beau pansement est celui de Fiorenzo Magni, dont il recouvre le menton. On hâte les opérations du départ car l’horaire a été calculé pour passer entre les trains aux passages à niveau de La Bastide. Le départ réel y est donné après un défilé à travers Bordeaux qui fête son dernier représentant, le champion de France indépendant 1951 Tino Sabbadini.

ÉCHAPPÉE FRANCO-ITALIENNE

- Dès la côte des Quatre Pavillons, point de départ de Bordeaux-Paris, les Italiens se portent en tête du peloton avec l’intention visible de contrôler la course. Mais les Français sont décidés à attaquer. Raoul Rémy démarre mais est suivi par Giovanni Corrieri puis par Lucien Teisseire et Ettore Milano. Deux contre deux !... Cela présente moins d’intérêt. L’échappée ne s’en poursuit pas moins mais sans conviction.
- Un passage à niveau fermé avant Libourne (Arveyres)vient un moment jeter le trouble dans le peloton mais quand on franchit la Dordogne, les quatre fugitifs n’ont plus qu’une légère avance et ils seront rejoints à la sortie de la ville. Le parcours facile dans la première partie, l’air frais sous un soleil généreux permettent au peloton d’assurer un train régulier plus rapide que le 33 km/h de moyenne prévus.

GIGUET ET BERNARD CHASSENT LES PRIMES

- A défaut d’offensive, nous assistons à des démarrages pour les primes. A Saint-Médard de Guizières, c’est Paul Giguet qui en récolte une... et s’arrête sur la ligne pour en demander le montant. Puis à Montpon, au 63 ème kilomètre, André Bernard l’imite. Ses co-équipiers freinant le peloton, il prend une avance de 200 mètres et l’on peut croire un moment qu’il va continuer. Mais après avoir franchi la ligne d’arrivée de la prime, il n’insiste pas davantage que Giguet. On est encore trop loin de Limoges et il connait les difficultés du parcours.

ENCORE UN PASSAGE A NIVEAU FERMÉ

- C’est l’étape des passages à niveau fermés. En voici encore un à Mussidan, au 80 ème kilomètre. Tout le peloton doit se faufiler par le portillon ou passer sous la barrière. Fausto Coppi est dans le petit groupe qui se constitue avec les coureurs du Sud-Est, Giguet, Bianchi et Pezzuli, ainsi que Goldschmidt, de Hartog, Pezzi, Rotta, Rossinelli et Decaux. Trois kilomètres plus loin, la prime de Sourzac revient encore à Giguet, décidément très actif depuis qu’il n’a plus à épauler Molinéris.

TEISSEIRE RAMÈNE

- Aucun tricolore ne s’est débrouillé pour être de ce groupe. Aussi c’est Lucien Teisseire qui prend la direction de la chasse et ramène le peloton. Les derniers à revenir sont Vincent Vitetta et Jean Bertaina (équipe Sud-Est), qu’un gendarme a retenu au passage à niveau alors que le train de marchandises arrivait à petite allure. Après le regroupement, c’est également au petit train que le peloton poursuit sa route vers Périgueux où le ravitaillement lui est assuré au 115 ème kilomètre, c'est-à-dire à mi-course.

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Ravitaillement à Périgueux devant le palais de justice

BARTALI CRÈVE ET REJOINT

- L’allure réduite permet à tous les malchanceux de revenir rapidement. Les Italiens sont particulièrement visés, puisque tour à tour Giulio Bresci, Franco Franchi, et Gino Bartali crèvent, mais Gino attendu par Giovanni Corrieri, rejoint rapidement. Edward Van Ende (Belgique), Bernard Gauthier (France) font de même et pour une fois la prise des musettes à Périgueux (palais de justice) ne provoque aucune tentative. Les Hollandais sont à leur tour groupés pour attendre l’un des leurs qui a crevé. Tous portent des pansements sauf Jan Nolten (Hollande) qui n’est pas tombé.

MAGNI ET VAN EST DANS UNE ÉCHAPPÉE A CINQ

- C’est au 146 ème kilomètre que les choses sérieuses commencent. Sur un nouveau démarrage de Paul Giguet, on voit Fiorenzo Magni attaquer avec Wim Van Est, Georges Decaux (Paris) et le rapide Adolphe Pezzuli (Sud-Est). Rapidement ces bons rouleurs prennent de l’avance et celle-ci se solde par 25 secondes après six kilomètres d’échappée à Thiviers (152 km). Bien que les Italiens favorisent l’envolée d’ailleurs annoncée de Fiorenzo Magni, le peloton ne cède du terrain que pied à pied. L’écart qui est passé à 55 secondes au 161 ème kilomètre, diminue sur une intervention des blancs (équipe de Ouest-Sud Ouest) et des tricolores. Au 168° km, il n’est plus que de 45 secondes. C’est à la fois pour son propre classement et pour celui de son équipe, que Magni se dépense dans l’échappée à laquelle il donne son nom et son panache.

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L'échappée file sur Limoges

RENAUD REJOINT

- A 40 km de l’arrivée, Adolphe Pezzuli (équipe Sud-Est) victime de crampes est lâché, mais Jacky Renaud (Paris) se détache du peloton et se lance à la poursuite des échappés qui n’ont plus que trente secondes d’avance. Il les rejoint avant Châlus (181 km) où l’écart est à nouveau de 35 secondes, ce qui donne une idée des à-coups que subit le peloton, tantôt freiné par les Italiens, tantôt tiré par les tricolores et les régionaux.

UN BEAU RETOUR DE VIVIER MAIS MAGNI N’INSISTE PAS

- L’écart est encore réduit à vingt secondes à Séreilhac, à 32 kms de l’arrivée, mais Jacques Vivier (équipe Ouest/SO) effectuant un beau retour est venu se joindre aux échappés qui n’étaient plus que trois : Georges Decaux (Paris), Jacky Renaud (Paris) et Wim Van Est (Hollande), car Magni n’insiste plus et le peloton l’absorbe. Magni rejoint et Vivier en tête, c’est la réussite de l’échappée qui se poursuit au-delà d’Aixe sur Vienne, sur la boucle que l’on accomplit autour de Limoges, pour atteindre le beau stade d’où l’on aperçoit les coureurs à quelques kilomètres de là dans la dernière descente.

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Vivier termine en solitaire, il a course gagnée

VIVIER TERMINE SEUL

- Les deux Parisiens, le Hollandais et le Limousin qui constituent le groupe des échappés augmentent leur avance et la portent à plus de trois minutes. C’est alors dans la dernière côte du Pont de l’Aurence, que Vivier démarre et s’en va seul, précédant les trois autres de six secondes à l’entrée du stade et remportant une belle victoire. La foule des sportifs de toute la région qui a envahi le stade Beaublanc, acclame le jeune champion limousin que sa famille est venue accueillir. Au sprint, Van Est prend la seconde place en battant les Parisiens. Puis Ahmed Kebaïli (AFN) arrive seul... Il s’est détaché au même endroit que Vivier, dans la côte de l’Aurence à un kilomètre de l’arrivée et cela lui vaut de prendre une très belle 5° place devant tout le peloton. Les leaders du classement général se trouvent là tous pelotonnés autour de Fausto Coppi et cette étape n’apporte aucun changement en ce qui concerne la tête du Tour.

39° TOUR DE FRANCE - 16 JUILLET 1952
LES ÉCHOS APRES L’ARRIVÉE A LIMOGES

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Le quart Perrier pour Vivier à Limoges

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Dessin d'Henry Desproges en l'honneur de la victoire de Vivier à Limoges

ÉCHOS D'APRÈS TOUR

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- Nous venions d’arracher Jacques Vivier à l’enthousiasme de la foule Limousine. Un confrère italien nous prenant en aparté venait de nous déclarer : "Mais éloignez le donc de ce stade ! Ils vont l’étouffer. Chez nous, même lorsque Bartali a gagné, la foule n’est pas aussi délirante". Fendant à coups de coude cette mer humaine dont le flux et le reflux nous empêchait quasiment d’avancer, nous parvînmes à grand peine à nous engouffrer avec Jacques Vivier dans la voiture de notre ami Robert Pascal. Ce fut alors le même concert d’acclamations, les mêmes cris, le même débordement de joie.
- Et puis soudain, quittant ce véritable forum, abandonnant cette foule qui avait vu gagner le champion qu’elle aimait, nous nous retrouvâmes en tête à tête avec notre jeune héros devant une menthe à l’eau. Il buvait, buvait, notre triomphateur ! Lorsqu’il eût épanché sa soif, alors que déjà ses soigneurs devaient commencer à se demander si nous ne l’avions pas kidnappé. Jacques se mit à parler...
- Il est resté le même, notre crack Ribéracois ! Toujours aussi modeste, toujours aussi souriant. Le succès ne lui a pas tourné la tête. Plus encore que sa victoire du stade Beaublanc, c’est la preuve qu’il fera son chemin.
"Je te l’avais dit au départ, je te l’avais répété chaque jour, je voulais gagner une étape. Si les dieux m’avaient demandé de faire un choix, j’aurais dit : Limoges ! Alors je suis comblé. Cela me fait oublier Namur, Aix en Provence et Toulouse. On ne peut toujourspasser au côté d’une fontaine si profonde fût-elle sans parvenir un jour à en boire une goutte d’eau claire". Et Jacques de nous conter tous les détails de sa course : "Si j’ai gagné c’est à Fausto Coppi que je le dois. Il est le seul maître de la course. Il joue avec nous comme le chat avec les souris. Nul ne peut entreprendre quelque chose sans le bon vouloir de Fausto. S’il le voulait, il gagnerait avec deux heures d’avance. Et contrairement à certains d’autres, il l’avantage d’être un homme de parole. De Pau à Bordeaux, j’avais envie d’attaquer. Il m’avait dit : Reste tranquille... Demain, on verra... Lorsque Decaux, Renaud, Van Est furent échappés, il vint à ma hauteur et me donna à comprendre que c’était le moment de m’en aller. Tu penses que je ne me suis pas fait dire deux fois. Ces diables de tricolores, qui ne me portent pas dans leur cœur, essayèrent bien de venir me chercher. Mais tant pis pour eux, leur heure était passée !...
- Les derniers kilomètres je m’en souviendrai toute ma vie. Je m’étais fait préparer un thermos avec du porto et de la cola. Histoire de me rendre nerveux après le deux centième kilomètre... Hélas ! Je l’avais oublié. Mais crois-moi, les "Vivier" que je vis tracés sur le milieu de la route et les hurlements de la foule qui naissaient dans mes oreilles comme le bruit de la mer, tout cela a été le plus précieux des dopings.
- L’arrivée au sprint à Beaublanc m’effrayait. J’avais perdu il y a deux ans, le Grand Prix d’Automne et la saison dernière, Guitard m’avait précédé dans le championnat du Limousin. Aussi, dès l’Aurence, je démarrais à la mort. Advienne qui pourra. Je tentais ma chance. Van Est était derrière moi. Il fut long à répliquer. J’avais gagné. Mon développement de 52 x 15 avait beau être trop grand pour une piste en cendrée, je crois qu’il aurait fallu que le stade s’écroule sous moi pour que je sois battu.
- Autant que les acclamations du public, le geste de Fausto Coppi m’a comblé de bonheur. Il est venu à mes côtés pour que nous fassions notre tour d’honneur côte à côte. Merci Fausto ! Merci Limoges ! Et à bientôt ! "

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Remise de la gerbe à Limoges

- Tout Limoges était à la fête pour accueillir le 39° Tour de France et si plus de 10 000 personnes avaient pris place dans l’enceinte du Parc Municipal, des dizaines de mille étaient échelonnés en rangs serrés sur les vingt derniers kilomètres.
- Ces Limousins étaient là pour le Tour de France mais aussi pour les deux locaux, Jacques Vivier et André Bernard. Ils étaient là avec le secret espoir que l’un des deux remporterait une retentissante victoire.
- "Vivier est en tête à Châlus" annonce le haut-parleur et une ovation spontanée jaillit des tribunes. Elle n’ira que s’amplifiant alors que les annonces se succèdent sur l’approche de l’enfant du Limousin. Et Jacques Vivier apparut... 10 000 personnes debout lui firent un accueil que le Ribéracois n’est pas prêt d’oublier. Cette ovation monstre dura longtemps, longtemps et ne se termina qu’à la fin du tour d’honneur du héros accompagné de son camarade Bernard

- Une ovation plus discrète celle-ci, mais qui n’en toucha pas moins celui à qui elle était adressée, fut faite à notre Georges Briquet de la Radiodiffusion Française qui lui aussi est un Limousin. L’organisation de la réunion d’attente fut impeccable et menée rondement. Elle intéressa vivement le public qui applaudit également les intermèdes qui lui furent présentés et notamment Anny Cordy et les sœurs Bordeaux.
- Le 39° Tour de France est passée à Limoges...Ce matin les rescapés partent en direction de Clermont-Ferrand. Le public Limousin leur souhaitera un au revoir et Jacques Vivier, nouvel héros du sport Limousin, tentera de réaliser de nouveaux exploits sur la route de Paris... Bravo Vivier !... Bravo Bernard !... (à suivre)

Coppi-Vivier 1952

Tour d'honneur avec Coppi maillot jaune

ÉCHOS D’ARRIVÉE A LIMOGES

COUPS d’ŒIL et COUPS D’OREILLE INDISCRETS

- Ce 16 juillet est un grand jour pour Vivier ! Le 116... C’est lui. Vive Vivier ! Allez Jacques !... Dans la traversée de la Dordogne, Vivier a été fêté par ses compatriotes, et le jeune Ribéracois qui est un des coureurs les mieux élevés du Tour, saluait le bras levé, ceux qu’il reconnaissait au passage.
- On le sentait à la fois heureux et fier. Si Vivier a lutté dans le Tour, s’il s’est accroché lorsque la défaillance l’étreignait, s’il a souffert en un mot, c’est un peu pour vivre cette grande journée.
 Au contrôle de ravitaillement à Périgueux, Monsieur Andrieux, président du CAP nous saluait au passage. Nous remarquions également des rugbymen Capistes, Bergeracois, des footballeurs de Razac, champion de la Dordogne 2° division, de la Thibérienne, champion de la Dordogne 1° division. Tous nous demandaient des nouvelles de Vivier.
- Le couvre chef de Jacques Goddet est le baromètre du Tour. C’est ainsi que le jour où le patron perdit son beau casque colonial, balayé par la tramontane, le soleil nous abandonna. Mais au départ de Bordeaux, M. Goddet arborait un nouveau casque colonial et le soleil est revenu. Lucien Teisseire qui bien qu’étant méridional, préfère la pluie à la chaleur, souhaite que M. Jacques Goddet perde encore son casque. Mais le directeur de la course a pris ses précautions en fixant solidement la jugulaire. Comme dit l’autre : "il ne peut pas casquer tous les jours !... "
- Le commissaire Bodart avait annoncé avant le départ à Bordeaux, qu’il fallait à tout prix partir à l’heure afin d’éviter un passage à niveau fermé... Le Tour quitta les bords de la Garonne à l’heure exacte et pourtant, nous nous trouvions bientôt devant deux barrières fermées. Prenez donc vos précautions ! Ces deux passages à niveau nous ont permis de faire deux constatations : Jean Le Guilly escalade mieux un col qu’une barrière de chemin de fer. Il se retrouve le dernier de l’autre côté des voies. Decaux est le champion des débrouillards : le Parisien sauta les barrières mieux que Johnny Hesse dans sa chanson, pour empocher vingt billets de mille dans la traversée de Mussidan, où la barrière était encore fermée...
- Sur la pelouse du stade de Limoges, une belle jeune fille brune enlaçait de bon cœur Jacques Vivier embarrassé de ses fleurs. Encore une fois criaient les photographes. Tourne-toi de ce côté avec ta fiancée. C’était sa sœur. Je lui dois énormément nous confiait-il quelques instants plus tard une fois dans sa chambre, loin des vivats et des tapes dans le dos un peu trop vigoureuses des Limousins. A elle comme à toute ma famille où l’on m’a toujours encouragé à devenir un coureur cycliste. Sans leur aide morale je serais encore à l’atelier à manier l’aiguille. Mais je la reprendrai sans hésitation si jamais le métier de routier me décevait.

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LETTRE DE JEAN LEULLIOT A JACQUES VIVIER

Mon cher Jacques,
- Tu vas me permettre de t’appeler ainsi car tu sais bien que je te considère un peu comme mon fils. Tu as gagné ma première Route de France et tu as fait les premières armes contre les grands professionnels internationaux dans mon Paris-Côte d’Azur. Or, c’est dans ces deux épreuves que tu t’es révélé et que tu t’es imposé au grand public. Ton brave mentor et ami Duteil le sait bien d’ailleurs.
- J’estime avoir donc le droit de te parler franchement et de te faire toucher du doigt la rigueur, la sérénité du métier que tu as choisi.
- Je vais donc te dire d’abord une chose que je pense sincèrement et je vais te la dire au lendemain de la première victoire d’étape : mon cher Jacques, tu peux être satisfait de ton Tour 1952, mais je sais moi, que tu vaux mieux que cela. Le Tour 1952 ne doit pas te donner entièrement satisfaction et je vais t’en donner les raisons.
1°. Tu avais montré dans la Route de France 1951 et dans Paris-Côte d’Azur 1952, en passant premier au col de Castillon et du col de Braun, que tu étais un remarquable grimpeur. Or tu n’as pas bien escaladé les cols du Tour de France 1952. Car je sais moi, qu’au mieux de ta forme, tu aurais dû terminer chaque montagne dans les quinze premiers.
2°. D’autre part, tu as lancé trois échappées avant Brest, Namur et Aix en Provence, et tu as flanché trois fois. Or je sais que lorsque tu es en condition comme hier à Limoges, tu tiens parfaitement la distance.
3°. Enfin tu aurais dû terminer dans les cinq premiers de l’étape contre la montre Metz-Nancy, car tu t’étais classé 4° dans Paris-Côte d’Azur et huit jours après tu avais battu le grand spécialiste Berton.
- J’espère d’ailleurs qu’après demain tu montreras ta vraie valeur. Voilà mon petit Jacques ce que je pense et je ne voudrais pas que tu m’en veuilles de te parler franchement.
- J’avais écrit et dit avant le Tour 1952, que tu étais capable de te classer dans les dix premiers et je le crois encore. Ne te laisse donc pas griser, pense que tu as une magnifique carrière devant toi, et que tu ne connais pas encore ton métier et que tu ne sais pas te préparer sérieusement. Excuse-moi de jeter une petite ombre sur ton jour de gloire, mais sache que ceux qui te montrent tes faiblesses t’aiment autant que ceux qui t’encensent. Quand tu auras compris cela, mon fils, tu seras un des plus grands champions du monde.               Jean Leulliot

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Avec Alain Bernard régional de l'étape à Limoges

Le classement à Limoges : 1. Jacques Vivier (Ouest Sud-Ouest) en 6h32’43s, 2. Wim Van Est (Hollande) à 6 secondes, 3. Georges Decaux (Paris), 4. Jack Renaud (Paris) tous deux m.tps, 5. Ahmed Kebaïli (Afrique du Nord) à 2’54s, 6. Stan Ockers (Belgique) à 3’02s, 7. Jean Goldschmidt (Luxembourg), 8. Henk Faanhof (Hollande), 9. André Rosseel (Belgique), 10. Francisco Massip (Espagne), et le peloton dans le même temps, etc...
- Classement complet de l’étape sur ce lien.
Le classement général à Limoges : 1. Fausto Coppi (Italie) 129h09’20s, 2. Stan Ockers (Belgique) à 27’01s, 3. Jean Robic (France) à 30’37s, 4. Bernardo Ruiz (Espagne) à 30’49s, 5. Gino Bartali (Italie) à 32’49s, 6. Alex Close (Belgique) à 32’55s, 7. Jean Dotto (France) à 37’26s, 8. Fiorenzo Magni (Italie) à 37’37s, 9. Aloïs De Hartog (Belgique) à 48’33s, 10. Andrea Carréa (Italie) à 49’43s, etc...

RÉTRO VÉLO DORDOGNE - JACQUES VIVIER (1952/4) © BERNARD PECCABIN
Prochain article : la saison 1952 de Michel Brun