1954-1959 AVEC YVES GOURD (2° partie)

ASE 2° partie

- Après trois saisons sur les chapeaux de roue, l’AS Eymet recherche un chef de file de renom capable de porter haut et loin les couleurs du club. Ils trouveront avec Yves Gourd la perle rare qui sera le brillant ambassadeur du club jusqu’en 1960. (relire ici la 1° partie de cette publication)

YVES GOURD SE RACONTE

Yves Gourd (ASE)

- Yves Gourd (notre photo) né en 1930 à Landerrouat, fait ses débuts en 1947 à la section cycliste du Stade Foyen. Il se souvient bien de l’une de ses première courses à La Roquille en 1948 : "Tous les vieux briscards bordelais d’avant guerre étaient là, les Cruzin, Demarle, Berton, Serre, alors si on voulait gagner, il fallait les attaquer au départ… Dans la côte des Bérangers on se les ai tous "rincés", j’ai gagné et les gens de La Roquille et de Landerrouat venus nombreux ne m’ont laissé à peine le temps de descendre du vélo qu’ils m’ont soulevé sur leurs épaules et porté en triomphe dans le village, car j’étais du coin !"
- Yves Gourd devient à trois reprises Champion de Guyenne par équipe : 1949 et 1950 sous les couleurs Foyennes, 1952 avec les Girondins. Le Foyen signe en effet au club bordelais pendant sa période de régiment. Il obtient d’ailleurs la seconde place au championnat de France militaire en 1952 à Strasbourg.
- Revenu à la vie civile, il prend sa licence au club d’Eymet et participe ainsi aux championnats du Limousin, titre qu’il remporte contre la montre à Guéret en 1954, puis sur route à Périgueux en 1956. Sélectionné dans l’équipe régionale du Limousin pour participer à la Route de France en 1954, il termine dans les trente premiers : "L’épreuve finissait le samedi, et je gagnais le dimanche à Gardonne" se souvient-il. "J’étais sélectionné pour le Grand Prix des Nations mais un accident de la route m’a privé de participer à cette grande épreuve et surtout m’a empêché de passer professionnel. J’ai participé deux fois au Championnat de France sur route, à Monaco en 1954 et à Rouen en 1956".

Route de France (Yves Gourd)

L'équipe du Limousin lors de la Route de France en 1954. A gauche Yves Gourd,
puis Gérard Empinet et Raymond Chaminaud

- Yves Gourd qui est un très bon grimpeur et un redoutable finisseur, gagne environ 130 courses comme le grand prix de Saint-Emilion ou les nocturnes de Monpon et Villefranche de Lonchat : "Je me souviens qu’au grand prix des Réaux, l’arrivée allait se disputer par un sprint massif qui pouvait revenir à Lesca ou Munini. A 500 mètres de la ligne, j’ai profité qu’un scooter accompagnateur passe rapidement près de moi pour m’engouffrer dans son sillage comme derrière un derny. J’ai creusé l’écart et remporté l’épreuve. Certains sprinters n’étaient pas contents ! A l’époque j’étais dans la catégorie des coureurs indépendants, il y avait beaucoup de courses et beaucoup plus d’argent que maintenant. On courait parfois avec les pros qui n’aimaient pas se faire dominer. Au célèbre critérium de Vergt, j’ai couru avec Louison Bobet et Raphaël Géminiani…"
- Pour Yves Gourd, ses deux plus belles victoires datent de 1957 sous les couleurs de l’AS Eymet : au grand prix international de Belvès où il gagne devant Valentin Huot au sommet de la redoutable côte menant à la bastide et au grand prix de Saint-Junien où il bat Raymond Poulidor qui était à l’orée de sa grande carrière cycliste. En 1961, il revient au club de Sainte-Foy, puis met fin à sa carrière en fin de saison.

Gourd (°) à un critérium devant Ben Brahim

Yves Gourd à gauche, vainqueur d'un critérium devant Ben Brahim à droite

GERARD DESCOUBES RACONTE LA CARRIERE D’ YVES GOURD

- Cette période fut très riche d’autant plus qu’en 1954, Yves Gourd signa sous les couleurs de l’AS Eymétoise. Gérard Descoubes nous décrit le sportif qu’il a été : "Coursier qui ne se liait pas facilement, taiseux et solitaire, il faisait sa course sans s’occuper de quiconque. Mis à part ses deux frères Lucien et Yvon il ne fréquentait personne dans le peloton. Ce petit gabarit véritable paquet de fibres nerveuses, explosif en bosse et solide rouleur est toujours resté un coureur trop méconnu du grand public. Il créa une belle surprise lors de son premier titre du Limousin, quand dans la dernière épreuve de 85 km chrono, il atomisa tous les meilleurs coureurs du comité pour décrocher la palme. Sur le moment beaucoup pensèrent que ce résultat restait chanceux. Mais deux ans plus tard il eut la délicatesse de recommencer, justifiant le vieil adage "le facteur sonne toujours deux fois" faisant taire une bonne fois pour toutes tous les esprits chagrins. Deux autres courses ont situé notre homme sur la planète cycliste, le grand prix de Belvès pro qu’il s’octroya devant Valentin Huot, André Dupré, André Lesca etc… et son formidable grand prix de Saint Junien où il fit exploser à la pédale le tout nouveau champion du Limousin Raymond Poulidor en personne. Dommage que ce très bon coursier ne fut pas accompagné plus souvent, par la motivation et l’envie de réaliser de belles courses. Après sa jolie carrière régionale, il deviendra gardien d’immeuble, puis chauffeur de bus. Ce solitaire dans l’âme qui avait coupé tout contact avec le milieu du cyclisme, nous a quittés le 1° octobre 2013 à l’âge de 83 ans. Il avait porté les couleurs des clubs de : Stade Foyen 1948 à 1950, Girondins de Bordeaux 1951 à 1953, Association Sportive Eymetoise 1954 à 1960 et Sainte Foy La Grande pour sa dernière saison en 1961.
Ses principales victoires : Champion de Guyenne sur route des sociétés avec le stade Foyen en 1950, GP. de Réaux-Vélines 1950 et 1951, Talence-Labouheyre 1951, GP.de Saint-Emilion, Sauveterre de Guyenne 1952, 2e du championnat de France militaire sur route 1952, 1e du Tour du Bergeracois 1953, 1e des GP du Fleix, de Cercoux 1953, puis sous les couleurs d’Eymet : Pellegrue, Le Fleix 1954, Langon, Eymet, les grands vins de Bergerac 1955, le grand huit Baignois, nocturne de Montpon 1956, Champion du Limousin route 1956, Le Pizou, le Philips à Langon, Belves 1957, Chalais 1958, Augignac, Saint Junien 1959, Lisle (24) 1960."

Arnaud, Gourd, Dihars

Arnaud, Gourd, Dihars de gauche à droite, prestigieux coureurs du Sud Dordogne

- L’arrivée d’un tel champion fut proportionnel aux efforts des organisations avec ce fameux Bordeaux-Eymet qui connu huit éditions. Bordeaux-Eymet a été une classique régionale de renom. Elle était organisée avec l’aide de la section cycliste des Girondins de Bordeaux Les coureurs se voyaient remettre leur dossard au café de Paris, allées Tourny à Bordeaux. Elle était ouverte aux toutes catégories. Puis les coureurs sa rassemblaient à Floirac (départ réel) face au bar du commerce "chez Henri". Ensuite le peloton passait par Camarsac, Branne, Castillon, Lamothe Montravel, Montcarret, Les Réaux de Velines, Saint-Antoine de Breuilh, Port Sainte-Foy, Sainte-Foy la Grande, Le Fleix, La Force, Bergerac, Creysse, Mouleydier, Sainte-Capraise de Lalinde, Couze, Beaumont du Périgord (ravitaillement), Sainte Sabine, Villeréal, Castillonnès, Eyrenville, Saint-Aubin d’Eymet, Lauzun, Miramont de Guyenne, Eymet (arrivée) soit 204 kilomètres. L’organisation d’une telle épreuve nécessitait une logistique imposante. Car l’organisation se devait d’amener les vêtements de chaque coureur dans une valise. Les vêtements des partants étaient remis au départ dans une valise à la signature et rendus dans cette valise par les organisateurs lorsque le concurrent rendait son dossard au jury. De plus une course d’attente pour faire patienter le public était organisée sur le lieu de l’arrivée des coureurs, à Eymet.
Palmarès de la classique Bordeaux-Eymet :
1952 Angel Barquéro (RC Mussidan), 1953 André Lesca (Guidon Agenais), 1954 Settino Perrin (VC Nérac), 1955 et 1956 Michel Gonzalès (Girondins de Bordeaux), 1957 Daniel Dihars (Asptt Bordeaux), 1958 Settino Perrin (Guidon Agenais), 1959 Claude Colomina (CC Marmande).

Bx-Eymet 59

Bordeaux-Eymet édition 1959. A droite Colomina le dernier vainqueur de cette classique
A gauche Joseph Cigano (Langon) deuxième

Bordeaux-Eymet_saison_1959_Reportage (à télécharger)
- Il est évident qu’Yves Gourd soigna l’image de son club. En remportant à Périgueux, le titre de Champion du Limousin sur route, le club détenait un grand champion qui honorait les couleurs locales. Couleurs qui furent encore mis de l’avant en 1957 lorsqu’il remportait le Grand Prix de Belvès qui constituait à cette époque un monument de classique. Revenons d’ailleurs à ce Grand Prix de Belvès.

Gourd, Dupré

Yves Gourd et André Dupré, deux coureurs de ce Sud Dordogne

Reportage_Grand_Prix_de_Belvès (à télécharger) Course gagnée par Yves Gourd (AS Eymet)

Gourd 1957 Belvès

Belvès où Yves Gourd reçoit la gerbe des mains de Mlles Marie-Jeanne Arias et Jeanette Busolo
Au centre M. Carcenac président du CC Belvès, à droite le speaker Monlong

Liens Tour de France 2017 en Dordogne
- Le 104° Tour de France en Dordogne (Historique 1952-2017)
- L’étape Périgueux-Bergerac à la loupe
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VELO DORDOGNE – LE CYCLISME A EYMET (2° partie) © Bernard PECCABIN
Prochaine diffusion : La traversée du désert au sein de l’AS Eymet et les derniers moments (1960-1991) 
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