DEBUTS LABORIEUX

- L’Union Vélocipédique Française (devenue aujourd’hui FFC) est née le 6 février 1881(1). C’est notamment dans notre Sud-Ouest, qu’elle prit une bonne partie de son essor. Essor que l’on doit  au marquis Iriart d’Etchepare qui fit de cette Union une puissance, ceci à compter de 1892. Son bulletin officiel, "Le Véloce Sport" prit lui son essor en décembre 1890. Et c’est à la suite de toutes ces initiatives, que dès 1894 on décomptait 230 sociétés affiliées, 15700 membres dont 7075 individuels. Pour développer les épreuves, des chefs consuls étaient mis en place. Et c’est au comte Félix de Fayolle que le titre de chef consul revint à Périgueux. Ce personnage actif avait déjà fondé le Véloce Club Périgourdin le 23 juillet 1886 avec l’aide de Louis Didon. Le siège se trouvait place du 4 septembre à Périgueux. Les premières courses de vitesse en Dordogne se sont déroulées autour des allées Tourny où des virages relevés étaient momentanément installés et où toutes les gloires de l’époque avaient évolué, dont Paul Bourillon, le Champion de France originaire de Marmande, qui fut l’attraction et la vedette en 1894.
(1) En 1883, le sud-ouest est à l’honneur avec Agen qui reçut un des premiers congrès de l'UVF, union née depuis le 6 février 1881 et dont la FFC est aujourd'hui l'héritière. C'est le Sport Vélocipédique Agenais, fondé lui en 1877, (ancêtre du Guidon Agenais), qui fut un des premiers clubs de l'Aquitaine à se réunir sous la bannière de l'UVF. Parmi les autres clubs de Guyenne, au nombre de cinq, figuraient le Véloce Club Bordelais, le Vélo Club Béarnais, l'Union Vélocipédique du Lot-et-Garonne, le Vélo Club Réolais et le Sport Vélocipédique Agenais qui sont tous à nos yeux les clubs doyens de notre région, du moins pour ceux qui survivent, comme par exemple aujourd'hui le club de La Réole et par interférence, celui du Guidon Agenais.

PGX Le Véloce Club Périgourdin en 1892

Départ du Championnat des sociétés à Périgueux en 1892

L’EPOQUE HEROÏQUE DES DEBUTS CYCLISTES A PÉRIGUEUX

- Comme le temps présent nous laisse quelque peu insatisfait, il m’est agréable d’ouvrir le dossier poussiéreux et de remettre en lumière les faits anciens qui ne vieillissent pas à la mémoire de quelques uns qui se sont souvenus, mais qui ne sont plus aujourd’hui de ce monde. Des images que l’œil ne se lasse pas de contempler, chez ceux qui les découvrent ou qui vont les découvrir.
- Ces images remontent loin, certes. Les origines du cyclisme Périgourdin datent on l’a vu en préambule à 1886, pour prendre corps ensuite dans les archives en 1900. C’est à l’évocation de certains noms comme celui de Petit Breton qu’elles s’éveillent ! A une époque où le vélo Périgourdin était dans le peloton de tête !
- Il faut reconnaître que sa venue à Périgueux a largement diffusé le sport cycliste. Mais diffusé seulement. Les créateurs, les pionniers, pourrait-on dire, étaient déjà passés par là, comme on vient de le lire précédemment ci-dessus. Par la suite, Petit Bretondonna vie au Cyclo-Club, qui a ensuite porté haut et ferme le fanion bleu et rouge que le grand champion lui avait confié. La popularité du vélo dans ces années-là est d’une nature difficilement descriptible pour les supporters modernes tournés de préférence vers le foot et le rugby.
- Aristocratique et gouailleuse, bon enfant et délirante, la bicyclette devait tout cela à ses origines métissées de riches oisifs, d’aventuriers de bonne famille et de fous enthousiastes. Finalement c’est au monde de l’aviation que le vélo ressemblait le plus. On pourrait parler de ces merveilleux fous… roulants sur leurs drôles de machines…

 

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Récompenses sous forme de médailles du Véloce-Club Périgourdin © Jean-Paul LEBRIAT

 

Avant 1900 : aristo-populaire et moustaches de rigueur

 - Une seule épreuve par an, mais quelle fête ! Il existait bien avant 1908 et comme on l’a vu une société cycliste à Périgueux qui portait le nom de "Véloce Club Périgourdin". Tout un programme. Le président en était ce comte de Fayolle, aristocrate de son état, et ses collaborateurs immédiats s’appelaient MM. Soymier, pharmacien à la rue Taillefer et Louis Didon, propriétaire de l’hôtel du Commerce et de la Poste. Le comte Félix de Fayolle assura la présidence du Véloce Club de 1886 à 1923, date de sa mort. Mais on reparlera de ce Louis Didon qui a joué un rôle important sur de nombreux secteurs d’activités de la ville de Périgueux.
- Ce "Véloce Club Périgourdin", plus tard présidé par Monsieur Doléac, mit sur pied l’unique épreuve annuelle officielle, "le Championnat de Fond", sur 100 kms. Le parcours n’était pas le sur-place commercial d’aujourd’hui, mais il était invariablement le même : Périgueux-Montpon et retour, avec arrivée sur la chaussée située après le pont de la Cité, face aux Etablissements Carnaud. Mais il y avait aussi les épreuves de vitesse sur les allées Tourny citées en préambule, qui permettaient d’intéresser et de conserver le public autour de cette piste en terre battue. De toute façon le cyclisme était en vogue avec des championnats de région qui s’annonçaient, sans oublier l’importante préparation au cyclisme militaire toujours sous le contrôle de l’UVF et de ses chefs consul.

VCP 1894

Le Véloce Club Périgourdin en 1894 aux allées Tourny

 Des coureurs déjà redoutables
- Parmi les plus anciens coureurs de cette fin du 19° et du début de ce 20° siècle, se trouvaient Parouty le tailleur du Cours Tourny, Gaston Lacoste le marchand de couronnes mortuaires de la place de la Banque(3), Henri Rebière l’horticulteur de la route de Bordeaux, Costiquère qui était employé de commerce et Gonthier le garagiste de la rue Wilson et directeur d’une société d’autobus(3 bis). Dans ces concerts à la fois bourgeois et audacieux sont venus ensuite s’engouffrer les champions du peuple avec les Roubinet, Rouaix, Négrier, Goujon dit Jacques, Bouyssou, Lacour, Stanislas, Ladeuil et Latreille. A la mode des frères, on trouvait les Réjou, les Rocher ou les deux Mousseau de Nontron.
(3) (local occupé ensuite par un magasin de location de vidéos cassettes qui a depuis fermé)
(3 bis)anciennement Gonthier-Nouhaud puis devenu aujourd’hui Péribus

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Départ d'un rallye cycliste sur les boulevards au carrefour de la rue Gambetta (14.07.18894)

 Des bécanes "trafiquées"

 - Tous ces coureurs, avec des moyens différents, étaient de véritables champions, et les résultats n’étaient pas fonction de leur énergie et de leur courage, mais très souvent, en ces temps sans congés, du temps que leurs occupations avaient pu leur laisser pour leur préparation.
- Un homme cependant laissa un souvenir particulier. Il s’agit de Bouyssou. De petite taille, bien musclé, il était la terreur de ceux qui arrivaient au sprint avec lui. Un autre lévrier, le robuste et beau Lacour, aux dires de ces dames…
- Périgourdins et Bergeracois attendaient avec impatience cette unique épreuve. M. le Comte de Fayolle arrivait ce jour-là dans sa peau de bique, avec sa casquette à visière de cuir portant insigne du "Véloce Club". Son tacot était orné de petits drapeaux jaunes destinés à donner le départ.
- Mais avant l’envol, bon nombre d’admirateurs et d’admiratrices ouvraient des yeux ronds devant la dimension impressionnante de la roue dentée avant d’un Mousseau, devant le grand pignon sans dent de Réjou (les dents étaient sur la chaîne !), devant la bicyclette "acalène" entendez sans chaîne, montée par Rouaix ou devant les pneus ferrés de Ladeuil. Ce folklore tenait plus à la fantaisie qu’au rendement. Et ne parlons pas des guidons qui avaient des formes invraisemblables.

Des amateurs vrais

Fayolle

L'Automobile Club de la Dordogne réuni en 1900
Au premir rang au milieu le comte de Fayolle son président

- Les Bergeracois étaient là, Breton notamment, qui était coureur… et rugbyman. D’ailleurs, lors d’un match de championnat au cours duquel l’US Bergeracoise avait battu le CAP, ce dernier déposa plainte car Breton avait joué et en effet, la Ligue le pénalisa : il était considéré comme professionnel car il avait gagné cinq francs dans une course de fête cycliste.
- Lorsque le comte de Fayolle donnait le signal du départ, le peloton multicolore s’élançait vers les Izards. Alors les buvettes fonctionnaient en attendant son retour.
- Très sportivement, les résultats n’étaient jamais contestés. M. de Fayolle faisait autorité. On se pressait alors autour du vainqueur, mais aussi autour de "Jacques", qui avait eu toujours des incidents et des accidents pas possibles, et de ce brave Mousseau aîné, dont les farces n’avaient d’égales que celles de Franconi.
- Puis au fur et à mesure que ces braves gens disparaissaient, arrivaient des jeunes dont certains se firent un nom dans le cyclisme régional : Belay, Charles et Henri Lacombe, Lacipiéras, Delmontel, Mindy, Calvet, Parichon, Bastid, Guilhem, Lacoste, Monteil, Lagraudy, Roche, Camblong, Dujarric.
- Parallèlement à cette grande vogue du cyclisme, une puissante nouvelle venue allait rétrograder la petite reine sur un plan secondaire. L’automobile en effet commençait elle aussi sa carrière et Louis Didon qui était un passionné lui donna une grande place, si bien qu’en 1898, le Véloce Club Périgourdin devint Véloce Club Périgourdin-Automobile Club de la Dordogne (VCP-ACD).

 UN ARGENTIN QUI DEVIENT PETIT BRETON

1893

En 1893 championnat de fond du Périgord

 - Lucien Mazan est né en 1882 à Plessé en Loire-Inférieure(4). Son père horloger, est féru de politique et républicain convaincu. Mais dans cette région des rives de la Loire, à deux pas de la Vendée, la chouannerie est restée vivace. Lorsqu’il se présente aux élections sur une liste républicaine, il est battu et décide qu’il ne peut vivre plus longtemps parmi ses opposants. Il ferme sa boutique, fait ses valises et embarque à Saint-Nazaire, avec femme et enfants, direction l’Argentine.
(4) devenue aujourd’hui Loire-Atlantique
- A 16 ans, Lucien achète sa première bicyclette et sans aucun conseil, commence son entraînement sur les routes ou plutôt sur les chemins défoncés. Il part de son domicile à quatre heures pour prendre son service à sept heures. Après une année à ce rythme, il devient champion d’Argentine des 25 kilomètres. Il quitte alors son métier de chasseur au Jockey-Club, pour un poste de mécanicien à la succursale Peugeot. En Argentine, il court sous le pseudonyme de Breton, pour ne pas éveiller les soupçons de son père qui n’aime pas le sport et encore voir son fils le pratiquer, mais aussi pour ne pas être confondu avec un autre coureur émigré surnommé Le Breton. L’existence de cet homonyme lui fait choisir celui de Petit-Breton.
- En 1902, il rentre en France et devient la gloire du Vélo-Club Levallois. Il enchaînera les victoires avec le Bol d’or couru sur 24 heures en piste, derrière motocyclette au vélodrome Buffalo à Paris qu’il remportera en 1904. Il s’adjuge la même année Bordeaux-Paris mais est déclassé par les commissaires. Il bat le record de l’heure en 1905 de deux mètres seulement, puis en 1906 avec 41,110 kilomètres parcourus.
- Sur route, le Tour de France le met en vedette. Il court en 1906 sur machine poinçonnée, ce qui signifie que le coureur doit effectuer l’intégralité du parcours sur le même vélo. Vainqueur en 1907 et en 1908, c’est la première fois qu’un coureur remporte deux fois de suite cette épreuve. Vainqueur de Paris-Tours en 1906, de Milan-San Remo en 1907, de Paris-Bruxelles et du Tour de Belgique en 1908, il déclare à l’arrivée du Tour de France au Parc des Princes "C’est terminé aujourd’hui, j’abandonne le sport cycliste".

- Toute l’histoire du Cyclisme Périgourdin peut se lire sur ce LIEN.

RÉTRO VÉLO DORDOGNE – CYCLISME A PERIGUEUX (1885-1900)
© Bernard PECCABIN - La suite avec le cyclisme à Périgueux avec PETIT-BRETON