LABATUT BERCEAU DU CYCLO-CROSS

REÇOIT LE CHAMPIONNAT DE FRANCE (13.02.1966)

Labatut

A L’ASSAUT DU CHĀTEAU DE LAMOTHE
- C’est une des bastions les plus avancées des rois de France face au Béarn indépendant qui est à l’origine des circuits cyclo-pédestres de Labatut  et de la passion pour ce sport qui a jailli dans ce coquet village landais. Il peut paraître anormal d’évoquer ici l’histoire pour expliquer le goût d’un sport moderne chez les Landais, dynamiques... et pourtant.
- Certes l’amour du vélo était solidement ancré chez quelques mordus de Labatut, mais le cross cyclo-pédestre n’aurait pas trouvé là sa terre d’élection si, voici dix siècles, la pente abrupte du château de Lamothe n’avait dressé contre l’envahisseur ce qui est devenu aujourd’hui, une difficulté du parcours pour les meilleurs pratiquants de ce sport.

Déjà en 1908 on parlait vélo
- A Labatut on aime le vélo depuis longtemps et vers 1908, on trouve une trace d’une société, la Pédale Labatutoise. Mais ce sport subit une éclipse, une longue éclipse même, puisque c’est près d’un demi-siècle plus tard que quelques fervents du vélo se révèlent à nouveau.
- La fête de Labatut tombe au mois de novembre, et l’on voulait organiser un de ces critériums qui fleurissent dans de nombreuses communes où l’on réunit la fine fleur du cyclisme ; mais Labatut coupé en son milieu par la nationale Bayonne-Pau, ne permettait pas la mise sur pied d’une telle épreuve. C’est alors que des protagonistes, gardant leur culte pour le vélo, se tournèrent vers ce sport de saison qu’est le cross cyclo-pédestre, et là, ils furent magnifiquement servis. En dehors d’un ensemble pittoresque à souhait, ils trouvèrent une série d’obstacles dont le plus typique, le plus sélectif fut la pente du château de Lamothe.
- Et voilà comment le château des seigneurs de Lamothe, continuant de protéger Labatut comme il y a dix siècles, en fit la cité du cross cyclo-pédestre et le véritable phare de ce sport dans le sud-ouest.
- En 1952, d’abord deux hommes, MM. May et Lacarrau, eurent les premiers l’idée d’organiser un cyclo-cross ; les pratiquants étaient peu nombreux dans la région. Il y avait quand même deux excellents adeptes, Hillotte d’Ossages et Laloubère, ce dernier sauteur dans les courses de vaches. Ce jeune homme qui recevait les vivats de la foule, durant la saison estivale, dans les arènes du sud-ouest, conservait sa forme en pratiquant ce sport d’hiver.
- Et puis en 1957, trois "mordus", Jean Busquet, René Barrère et Maurice Lalanne lançaient un appel et formaient la base du club, qui prenait le nom de la fanfare locale, "les Bleuets de Labatut", qui avait maintenant sa section cycliste.
- Au début, les licenciés furent peu nombreux, la première année, on n’en comptait que deux. Petit à petit l’effectif devint plus important et Labatut, commune des Landes de 1182 habitants en 1966, compte aujourd’hui un effectif de quinze à vingt licenciés.

Chalosse

La Chalosse berceau du cyclo-cross Aquitain (Labatut se situe dans le canton de Pouillon)

 Une trentaine d’épreuves dont des internationaux et un championnat d’Aquitaine

- Les pionniers du début ne ralentirent guère leur action et depuis 1953, les fêtes de Labatut ont vu tous les ans un cyclo-cross "François Baco1", car ces derniers avaient eu la pieuse pensée d’associer à leurs manifestations cyclistes un grand compatriote, François Baco qui avait enrichi la viticulture par d’intéressants cépages. C’est d’ailleurs dans les champs où le Labatutois fit ses premiers essais que passe chacun des circuits.
(1) François Baco, né à Peyrehorade (Landes) le 11 mai 1865 et mort le 17 mars 1947 à Labatut (Landes), est l'inventeur du cépage Maurice Baco 22A. Un cépage qui avait pour vocation de résister au phylloxéra. Son nom a été associé au cyclo-cross de Labatut dont la 1° édition a vu le jour en novembre 1954 (vainqueur Jean Lacoste de Peyrehorade Sports). Avec lui, Pierre Bernet et Auguste Diégo sont les coureurs qui s’y sont le plus illustrés notamment entre 1954 et 1966. A noter enfin que cette course a été dans ses débuts organisée par le VC Capbreton du président Anirepoque. Ainsi à Labatut, on allait pour courir le "Maurice Baco", autrement dit le cyclo-cross de cette commune.

- Les organisateurs étendirent leur rayon d’action à Cagnotte, à Sorde l’Abbaye, à Mouscardes, Ossages et autres communes de la région. Gagnés par la contagion du sport cyclo-pédestre, il y eut même quatre épreuves internationales dont celui de 1962, véritable revanche du championnat du monde, après qu’en 1959 le championnat d’Aquitaine eut élu domicile à Labatut. Aujourd’hui, sous l’aimable direction de M. Pédelucq, André Lacarrau et Jean Busquet forment la véritable cheville ouvrière de ce petit club landais : ils en ont tous les soucis, ils en goûtent toutes les joies.
- Mais le travail de ces pionniers trouva également sa récompense dans les vocations qu’il suscita dans ce sport et ils eurent la joie, l’an passé, de voir un très proche voisin, Pierre Bernet, gagner le maillot tricolore.

 Les Bleuets supportés par toute une commune

- Le microbe du vélo et du cross cyclo-pédestre s’est répandu dans toute la commune de Labatut, et aujourd’hui, c’est l’ensemble de la population qui seconde et qui aide les organisateurs. La municipalité apporte son large concours et pour l’épreuve de dimanche, elle a entrepris l’importante dépense d’une chaussée goudronnée, sur une longueur de 400 mètres, permettant de juger parfaitement une arrivée en peloton. L’appui de la municipalité s’est largement déployé et les uns et les autres ne manquent pas d’apporter  leurs concours aux dévoués protagonistes. Depuis plusieurs semaines, toute la vie de la commune tourne autour des Bleuets : si cette commune rurale connaît aujourd’hui un certain lustre, c’est bien à son club qu’elle le doit.

1966 parcours Labatut

Parcours du Championnat de France de cyclo-cross à LabatutBusquet Jean

L’apothéose dimanche 13 février avec le championnat de France
- En lançant les premiers cross cyclo-pédestres, Jean Busquet  (en médaillon) pensait certes à ce sport auquel il se donne pleinement, à sa commune aussi dont il est heureux de favoriser le rayonnement, mais il n’avait pas espéré  ces dernières années qu’il aurait un jour à organiser un championnat de France. C’est pour lui l’apothéose qu’il avait peine à imaginer. Pour Labatut c’est une consécration qui met en premier plan de l’activité sportive une commune landaise particulièrement méritante.
- Les ancêtres du château de Lamothe ne pensaient pas, il y a dix siècles, lorsqu’ils élevaient cette pointe avancée qui domine la vallée du gave, qu’un jour, ce piton servirait de "juge de paix" à des jeunes hommes conjuguant le sport du vélo et de la course à pied. Les "mordus" du cyclisme de Labatut, sous la bannière des Bleuets, permettent aujourd’hui à ceux qui goûtent ce sport de "plonger" en même temps dans les secrets de l’histoire locale. Voilà certes un aspect assez inattendu d’une compétition cycliste... de quoi réconcilier avec le sport du vélo ceux qui ne s’attachent qu’à son côté commercial.
Un circuit sévère
- Il développe 3,110km qu’il faudra courir à sept reprises et comportant des obstacles rêvés, pour lui donner un caractère d’une rare sévérité et provoquer une sélection régulière mais impitoyable. Les deux principaux sont constitués par une montée de la butte Lamothe et la descente du toboggan. La première sera attaquée après 1373 mètres de course, ne permettant nullement une mise en train paisible et progressive, puisque après 400 mètres de route goudronnée, les concurrents emprunteront une allée cyclable sur 260 mètres à laquelle succèdera la traversée d’une terre labourée (160 mètres), une nouvelle allée cyclable (130 mètres), un nouveau labour (90 mètres) et enfin 329 mètres de route goudronnée. Si le beau temps persiste, cette première partie n’aura peut-être pas nécessité beaucoup de course à pied, mais il aura fallu néanmoins appuyer ferme sur les pédales et puiser dans les réserves pour aborder en bonne position la fameuse butte en herbe longue de 100 mètres dont les 40 derniers sont on ne peut plus abrupts. Il est certain que bien des jambes  flageoleront au moment d’enfourcher le vélo et de chausser les cale-pieds afin de parcourir les 150 mètres du plateau cyclable qui conduisent au "toboggan". La plongée longue de 20 mètres est impressionnante. Elle s’effectuera sur une terre défoncée, jonchée de galets du gave qui rendent l’entreprise périlleuse. Elle permettra pourtant à ceux qui sauront allier virtuosité et audace d’avaler sur la lancée une nouvelle butte de même longueur menant à un sous-bois de 80 mètres qui précède une descente vers la route goudronnée. Pour boucler le tour, il restera alors 1500 mètres à parcourir, au long desquels, chemin charretier le long de la voie ferrée et champs alterneront. Le "divertissement" durera sept tours et on peut dire que même s’il fait beau, ce sera très difficile sans parler de la chance de ne pas connaître d’incidents mécaniques, qui constituera alors un handicap supplémentaire.

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Bernet et Pelchat les deux combattants d'un championnat hallucinant

Labatut soutiendra et encouragera Pierre Bernet
- Bernet a conduit sa saison dans le but de renouveler son bail. Mais en cyclo-cross rien n’est gagné d’avance. Bernet sait qu’à deux reprises il fut battu davantage par la malchance que sur sa valeur. Il lui serait fort désagréable d’être dépouillé de sa tunique autrement que par plus fort que lui. Les encouragements du pays lui seront très précieux et l’aideront dans l’accomplissement de sa course. Mais c’est lui le local qui supportera le poids de l’épreuve face à des rivaux redoutables dont Michel Pelchat le Normand actuellement dans une forme éblouissante. Voilà donc l’ennemi numéro un de Bernet mais il faudra aussi compter sur tous les champions régionaux au départ sans oublier Joseph Mahé mis en échec pour le titre en Ile de France et qui cherchera à se racheter, tout comme André Foucher le routier breton qui détient d’excellentes qualités dans cette discipline.
- Jamais Pierre Bernet n’aura tant désiré ce maillot tricolore que celui qu’il doit conquérir sur la butte de Lamothe. Le coureur d’Orthez sera pratiquement chez lui. C’est un handicap tout comme un avantage. Et si il a essayé le parcours, la bosse et le toboggan, il subsiste toujours l’imprévu, la météo, les chutes, les ennuis mécaniques, etc... Gagner lui assurerait la qualification pour le mondial qui se déroulera à quelques kilomètres de chez lui, juste de l’autre côté des Pyrénées.

 MICHEL PELCHAT SURVOLE LE CHAMPIONNAT

1966 Pelchat à Labatut CF

Pelchat mène suivi par Bernet le local et rival du jour

 - Dans la boue de Labatut, ce championnat de cyclo-cross hallucinant a été gagné par Pelchat, qui victime de deux crevaisons a su revenir devant et battre Bernet qui courait à domicile.
- Lire le compte-rendu de l’épreuve sur les PDF ci-dessous.

- Labatut_1966_les_engagés (téléchargez le PDF)

- Labatut_1966_reportage_et_classement (téléchargez le PDF)

1966 Podium à Labatut

Le podium du Championnat de France de cyclo-cross à Labatut avec de gauche à droite :
Michel Pelchat (Normandie) lauréat, Pierre Bernet (Aquitaine) deuxième, Joseph Mahé (Ile de France) troisième

- Revoir : Palmarès des Championnats de cyclo-cross(Guyenne puis Aquitaine).
- La folie du cyclo-cross.
- Championnats de 1946 à 1948.
- Championnats de 1949 à 1951.
- Championnats de 1952 à 1954.
- Championnats de 1955 à 1957.
- Championnats de 1958 à 1960.
- Championnats de 1961 à 1963.
- Championnats de 1964 à 1966.

VÉLO DORDOGNE - LABATUT 1966 © BERNARD PECCABIN
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